Restauration
Hôtellerie

«Inscrire l’obligation de se faire vacciner dans la loi est à exclure»

Reto E. Wild (Traduction: Caroline Goldschmid) – 10 mars 2021
Les restaurants sont fermés depuis près de six mois. Casimir Platzer craint que 100 000 emplois ne passent à la trappe. Le président de GastroSuisse s’exprime sur une nouvelle campagne, sur le Conseil fédéral et sur ce que l’association a réalisé malgré des conditions particulièrement difficiles.

Comment GastroSuisse peut-elle aider ses membres en ces temps difficiles?

Casimir Platzer: Nous continuons à nous impliquer à différents niveaux, par exemple directement au sein du Conseil fédéral, qui se montre cependant assez réticent face aux propositions pertinentes. Nous sommes également en contact avec les parlementaires et les commissions du Parlement, notamment pour la mise en oeuvre de la Loi Covid-19 et du règlement sur les cas de rigueur. Nous insistons aussi constamment pour que des améliorations soient apportées, par exemple dans le cas de la RHT et des APG, comme cela s’est produit lors de la session de printemps en cours. Et nous soutenons nos sections cantonales afin qu’elles disposent d’arguments lors des échanges avec les gouvernements cantonaux.

Une ouverture des restaurants début mars sans l’aval du Conseil fédéral, c’est-à-dire une sorte d’ouverture de protestation à l’échelle nationale, a-t-elle été envisagée?

C’est ce que certains membres de GastroSuisse ont demandé. Cependant, il ne sert à rien de le faire uniquement pour notre ego personnel, car en fin de compte, notre association ne pourrait pas forcer l’ouverture anticipée des restaurants avec une telle action. A cela s’ajoute le fait que la majorité des entreprises ne se joindraient probablement pas à l’opération. Soyons honnêtes: un tel appel à la désobéissance et à l’anarchie, tel que proposé par le conseiller national UDC Roger Köppel, serait condamné par nombre de nos clients, ce qui serait négatif pour l’image de la branche. J’ai eu l’occasion de discuter avec Roger Köppel. Il dit qu’en tant que journaliste et citoyen, il est libre de faire des suggestions. Mais on peut aussi les rejeter (il sourit).

Qu’est-ce qui est politiquement faisable?

La semaine dernière, la majorité du Conseil national a voté en faveur d’une ouverture plus rapide. Mais la majorité du Parlement est-elle vraiment prête à lancer une rébellion contre le Conseil fédéral? J’ai eu une conversation avec un membre du Conseil fédéral au sujet des manifestations. Il m’a assuré que nous n’arriverions à rien avec cela car des manifestations ont lieu tous les jours à Berne. Quoiqu’il en soit, le lockdown de secteurs individuels ne constitue pas une stratégie raisonnable à long terme. Le Conseil fédéral devrait s’en rendre compte.

Qu’est-ce qui a du sens?

A mon avis, le Conseil fédéral a perdu le sens des proportions dans la lutte contre cette pandémie et ne pèse pas suffisamment ses décisions. Une alternative pourrait donc être qu’il ne décide plus des assouplissements seul, mais avec un comité élargi. Il ne faut pas oublier que depuis le début de la pandémie, le Conseil fédéral a toujours justifié les fermetures en disant qu’il voulait éviter que le système de santé ne soit surchargé, et cette approche ne doit pas être modifiée.

Malgré vos efforts, permettez-moi la question: GastroSuisse s’est-elle suffisamment dressé sur ses pattes arrière?

Nous n’avons rien négligé et nous exerçons une influence à tous les niveaux. Au Parlement, nous sommes confrontés au dilemme suivant: les partis bourgeois nous soutiennent lorsqu’il s’agit de rouvrir les restaurants. Mais lorsqu’il s’agit de compensation financière, ce sont les mêmes qui tirent le frein. Et la gauche nous soutient en matière de compensations, mais elle fait tout pour empêcher une réouverture rapide. Je trouve incompréhensible que le Conseil fédéral, avec ses cinq membres de partis bourgeois, n’accorde pas plus de poids aux intérêts de l’économie. Il semble que les députés écoutent Alain Berset et ne veulent pas interférer avec le ministre de la santé parce qu’il est le chef de file dans ce domaine. Encore une fois: le Conseil fédéral devrait bien plus évaluer les mesures nécessaires et leur proportionnalité. Maintenant, les débats portent sur les variants.

La faîtière semble moins en mesure de s’affirmer face au Conseil fédéral qu’au printemps 2020. Pourquoi?

Les processus politiques ont complètement changé. La majorité du Conseil fédéral ignore les propositions et les idées du Parlement ainsi que les contributions des associations économiques. Au printemps dernier, le Conseil fédéral avait pris des décisions plus équilibrées.

Pourquoi le Conseil fédéral met-il un tel frein à la réouverture des restaurants? La décision est-elle arbitraire, calculée ou liée à une stratégie politique?

C’est probablement de l’ordre de l’émotionnel et motivé par la peur. Mais le Conseil fédéral ne tient certainement pas compte de tous les faits et aspects. Il parle de variants depuis près de deux mois sans savoir s’ils se répandent vraiment de manière explosive. Se contenter d’évoquer sans cesse la possibilité d’une catastrophe n’est pas une politique objective. Il est certes nécessaire d’inclure cet aspect dans le processus décisionnel, mais seulement comme un aspect parmi d’autres.

Que fait l’association?

Au lieu de manifester, nous voulons impliquer les établissements et les hôtes dans notre communication. Nous prévoyons une campagne pour montrer que la majorité de la population suisse se réjouit de pouvoir bientôt se rendre au restaurant. Nous pensons que c’est le cas et de nombreux courriers que nous avons reçus le montrent. Mais si, au contraire, le Conseil fédéral fait pression pour fermer les terrasses des domaines skiables au bout de deux mois, cela n’a rien à voir avec la lutte contre la pandémie. Cela ne fera qu’irriter la population.

Si les restaurants sont autorisés à rouvrir le 22 mars, quelle sera l’ampleur des dégâts causés par les mesures fédérales?

Selon GastroSuisse, près de 20% des établissements ont mis la clé sous la porte et 20% sont sur le point de le faire ... Notre sondage révèle que les aides ont été versées dans de nombreux endroits, ce qui est positif. Toutefois, elles sont nettement inférieures à ce qui avait été annoncé et le processus s’avère très lent. Au printemps dernier, le Conseil fédéral a pourtant montré avec les crédits Covid qu’il est capable d’aller plus vite et éviter ainsi que la situation ne se péjore. Si les établissements rouvrent le 22 mars, ils auront encore besoin d’aides, car le scénario le plus optimiste est que les restaurants n’enregistrent que 50% du chiffre d’affaires habituel en raison des contraintes prévues. Au moins, le Conseil fédéral a levé le préavis quant aux RHT, ce qui est finalement un mérite pour GastroSuisse.

Dans quelle mesure la branche sera-t-elle réellement impactée?

Si l’argent promis pour les cas de rigueur est vraiment versé et que les restaurateurs sont autorisés à travailler dans les prochaines semaines, j’espère sincèrement que le 20% d’entre eux qui ont déjà un pied dehors pourront encore se refaire. En 2020, pas moins de 40 000 emplois ont été perdus dans l’hôtellerie-restauration. Et ce chiffre n’inclut pas les effets du deuxième semi-confinement. Celui-ci a débuté le 22 décembre. Je suppose donc que la perte d’emplois totale sera bien plus importante. Fin octobre, nous avions averti qu’environ 100 000 emplois étaient menacés. Je crains que nous ne soyons pas loin de ce chiffre.

Certains restaurateurs ont déclaré qu’ils seraient prêts à n’accueillir que des personnes vaccinées dans leur établissement. Quelle est la position de GastroSuisse à ce sujet?

Nous ne voulons pas d’une société à deux vitesses. De plus, un tel fonctionnement n’est pas facile à mettre en œuvre, même avec les solutions numériques. Car le restaurateur ne peut pas jouer les policiers. Pour moi, inscrire l’obligation de se faire vacciner contre le coronavirus dans la loi est à exclure absolument. Mais la discussion est de toute façon prématurée, car seulement environ 5% de la population suisse a été vaccinée à ce jour.