Les derniers scénarios climatiques pour la Suisse le montrent clairement: le climat change plus rapidement et les effets sont de plus en plus graves. Concrètement, d'ici 2060, la Suisse sera davantage touchée par des chaleurs extrêmes et des étés plus secs, et il y aura davantage de fortes précipitations et moins de neige.
Un nouvel outil de planification pour les destinations
La diminution des chutes de neige, déjà perceptible aujourd'hui, inquiète le secteur du tourisme et, par conséquent, de nombreuses destinations de sports d'hiver. Il devient de plus en plus difficile de planifier l'offre, en particulier pour les régions situées à basse altitude. C'est pourquoi, au cours des deux dernières années, le secteur a collecté des données scientifiques qui permettront aux destinations de savoir précisément, d'ici 2050, à quelle quantité de neige elles peuvent encore s'attendre.
Ces données ont été collectées par Suisse Tourisme (ST) en collaboration avec Remontées Mécaniques Suisses (RMS), MétéoSuisse, le climatologue Reto Knutti de l'EPF Zurich et la RTA («Region Tourism Alliance») et regroupées sous le nom de «Boussole neige». Cet instrument doit permettre d'évaluer les effets du changement climatique et de planifier les adaptations stratégiques nécessaires dans les différentes destinations.
«Ce nouvel outil est très important pour l'ensemble du secteur, y compris l'hôtellerie et la restauration», explique Martin Nydegger, directeur de ST, lors de la présentation qui s'est tenue le 17 novembre à Zurich. Il offre aux différents acteurs du secteur la possibilité d'évaluer l'enneigement actuel dans les destinations et ainsi d'adapter ou de repenser l'offre pour l'avenir en fonction des circonstances.
Trois stratégies d'adaptation pour la branche
Un coup d'œil aux prévisions d'enneigement jusqu'en 2050 montre ce dont de nombreuses destinations sont déjà conscientes aujourd'hui: les régions situées à basse et moyenne altitude auront particulièrement du mal à maintenir leur offre de sports d'hiver. Pour adapter l'offre, «Boussole neige» met en avant trois stratégies: continuer avec les sports d'hiver, s'accommoder de conditions d'enneigement incertaines et exploiter les autres saisons pour compenser.
De tels ajustements sont déjà mis en œuvre aujourd'hui. Sattel-Hochstuckli (SZ) ou Atzmännig (ZH), par exemple, misent sur une exploitation tout au long de l'année, tandis que d'autres régions comme Arosa (GR) ou Loèche-les-Bains (VS) proposent une offre alternative lorsqu'il y a peu de neige. Elles mettent alors l'accent sur des événements ou des offres de bien-être, par exemple.
Il n'existe pas de stratégie d'adaptation générale pour toutes les régions. Mais «les régions et les destinations de toute la Suisse sont prêtes à adapter leur offre», déclare Berno Stoffel, directeur de Remontées Mécaniques Suisses. La peur d'investir n'est guère présente, même si les investissements doivent toujours être examinés très attentivement.
Les chiffres le reflètent également: selon Berno Stoffel, les entreprises de remontées mécaniques investissent plus de 300 millions de francs par an dans les infrastructures. «A cela s'ajoutent des investissements d'environ 60 millions de francs dans les installations d'enneigement. Ces derniers passeront à 80 à 90 millions de francs au cours des dix à quinze prochaines années», précise-t-il.
La valeur ajoutée reste élevée
Il est difficile de prédire si et combien de domaines abandonneront partiellement ou totalement les sports d'hiver dans les années à venir. Trop souvent, l'emplacement ou les conditions locales telles que la météo ou la topographie déterminent la possibilité de pratiquer des sports d'hiver. Et «les régions feront tout leur possible pour permettre la pratique des sports d'hiver aussi longtemps que possible», affirme avec conviction Berno Stoffel, directeur des remontées mécaniques. En effet, la demande pour les sports d'hiver reste très forte, tout comme la valeur ajoutée qu'ils génèrent.
Le directeur de ST, Martin Nydegger, en est également convaincu. Il part néanmoins du principe qu'à l'avenir, l'organisation marketing se concentrera davantage sur les saisons printanière et automnale. «Si les hivers raccourcissent en raison de la diminution des chutes de neige, Suisse Tourisme prolongera ses campagnes pour les intersaisons automnale et printanière.»