Les 24 et 25 août, le Kunsthaus Zürich a accueilli les acteurs du monde viticole suisse. Organisé par Swiss Wine Connection, le «Swiss Wine Tasting» est le plus grand événement consacré au vin suisse dans tout le pays.
En faillite d'ici 18 mois?
Mais le pessimisme gagne les vignerons romands. Philibert Frick, du Domaine A Villars (Pura) à Bougy-Villars (VD), tire la sonnette d'alarme: «Au cours des six à dix-huit prochains mois, un tiers des vignerons romands feront faillite ou arracheront leurs vignes. Les ventes se sont effondrées, les entrepôts sont pleins.» Cela pourrait également mettre en difficulté la restauration en Suisse romande. Gilles Meystre, vice-président de GastroSuisse et président de GastroVaud, est lui aussi préoccupé par la situation (lire son interview plus bas).
Bien sûr, le secteur de la restauration ne peut à lui seul sauver les vignerons romands. Mais la politique a un rôle important à jouer. Selon Philibert Frick, il faut se demander si l'on souhaite encore avoir des PME en Suisse. Il se demande également si la Suisse est encore prête à consommer ses propres produits. «Nous ne voulons pas devenir des jardiniers paysagistes. Nous voulons survivre à des conditions équitables et ne réclamons pas de subventions.» Néanmoins, il exige au nom des vignerons romands: «Notre principale préoccupation est d'augmenter la part des vins suisses achetés dans notre pays par rapport aux vins étrangers, pour atteindre un minimum de 50 %.»
Le 1er septembre à 18h, Philibert Frick et son confrère Richard Pelissier, de Sion (VS), invitent les autorités fédérales, les vignerons et les médias à la rencontre «Les Raisins et la politique» à Puidoux (VD). «Votre présence est essentielle pour le dialogue, pour la branche et pour notre avenir dans la société suisse», lance Philibert Frick, qui souligne que le canton viticole du Tessin est confronté à des problèmes similaires à ceux de Suisse romande.
La Suisse alémanique est mieux lotie
Selon Philibert Frick, le problème en Suisse romande est que le chasselas des cantons viticoles romands trouve trop peu d'acheteurs. «Ceux qui aiment ce vin sont déjà très âgés et n'en achètent plus beaucoup. Et les jeunes ne connaissent pratiquement pas le chasselas. Nous, les vignerons, devons nous diversifier et planter d'autres cépages. Mais cela prendra entre 10 et 15 ans.» Dans son domaine viticole, les ventes sont bonnes. Il vend principalement du malbec et du sauvignon blanc, soulignant ainsi la direction que pourrait prendre l'avenir.
En Suisse alémanique, la situation est bien meilleure pour les viticulteurs. Il y a plusieurs raisons à cela: premièrement, le vignoble alémanique ne représente que 19 % de la superficie viticole suisse. Deuxièmement, plusieurs régions, comme la Bündner Herrschaft, produisent des pinots noirs de grande qualité qui n'ont rien à envier à leurs concurrents bourguignons. Et troisièmement, les vignerons alémaniques se sont concentrés depuis des années sur d'autres cépages, comme le Räuschling au bord du lac de Zurich, qui constitue un argument de vente unique et n'est cultivé que sur 26 hectares, alors que la superficie viticole du Chasselas suisse s'étend sur environ 3500 hectares.
Et les cantons suisses alémaniques s'adaptent constamment à leur époque, comme l'explique Armin Sütterlin, de la pépinière viticole Meier à Würenlingen (AG): «Ce sont surtout les nouveaux cantons viticoles, comme ceux de Suisse centrale, qui misent sur les cépages PIWI. Cela tient également aux directives fédérales, qui imposent une réduction des produits phytosanitaires.» Le problème est que dans la restauration, presque personne ne connaît ces nouvelles variétés. «Nous sommes prêts à organiser des cours spécialement destinés aux restaurateurs, car même les sommeliers ne savent pas grand-chose sur les cépages PIWI.»
La récolte 2025 commence dans quelques jours
Mais quelle sera la récolte de 2025? Armin Sütterlin analyse: «Dans les cantons d'Argovie, de Schaffhouse et de Thurgovie, la récolte sera normale en termes de quantité. La qualité devrait être bonne à très bonne. L'acidité est encore élevée, ce que je considère comme positif.» La raison: il n'y a pratiquement pas eu de nuits chaudes ces dernières semaines.
Christoph Schmid, du domaine viticole Tobias dans la vallée du Rhin, déclare: «Nous n'avons pas eu de problèmes de gel en 2025. Les pousses ont démarré tôt, puis nous avons profité d'un été chaud au début. Les précipitations de la mi-août ont fait éclater certains grains. Mais s'il ne pleut plus beaucoup dans les prochains jours, ce sera un bon millésime.» Cependant, de fortes pluies au dernier moment avant les vendanges pourraient augmenter le risque de pourriture. Comme la plupart des vignerons suisses, Christoph Schmid commencera les vendanges dans une à deux semaines.
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Le 21 juillet dernier, Gilles Meystre a pris part à une table ronde de crise, organisée par des vignerons de tous les cantons romands. Interview express.
Gilles Meystre, pourquoi avoir participé à cette rencontre?
La situation des vignerons est très préoccupante. Des domaines sont à vendre, des stocks importants de millésimes 23 et 24 sont encore invendus et la consommation de vins suisses est en diminution... Comme ambassadrice de notre terroir, notre branche ne peut rester à l’écart et doit apporter son soutien aux vignerons. Car nous faisons partie d’un même écosystème.
Mais comment aider les vignerons?
D’abord, il convient de rappeler que l’HORECA ne pourra à elle seule sauver nos vignerons. L’Etat et le secteur lui-même, très atomisé, ont un rôle majeur à jouer. Mais la restauration, comme important canal de distribution, a sa part de responsabilité et doit faire preuve de solidarité. Plusieurs mesures sont possibles: proposer systématiquement un vin du mois suisse plutôt qu’italien ou espagnol. Opter pour des coefficients différenciés plus favorables aux vins suisses qu’aux vins importés. Proposer des demi-bouteilles avec une marge raisonnable, qui encouragera le client à en commander une seconde. Enfin, avoir une fine connaissance du produit et du producteur, pour dérouler un storytelling séduisant pour le client. C’est ainsi que chaque restaurateur jouera son rôle d’ambassadeur.
Ce n’est pourtant pas une évidence pour chacun…
C’est vrai. Et c’est ici que GastroSuisse et les sections cantonales peuvent agir. Dans certains cantons, les patrons d’établissement et leur personnel sont très souvent d’origine étrangère. Les vins suisses ne font donc pas partie de leur ADN. Par conséquent, c’est à nous de les initier et de les former sur nos cépages et sur nos régions. Et c’est à nous de leur faire déguster le fruit de nos terroirs, pour qu’ils prennent conscience de leur excellence et les proposent à leurs clients. Ils sont d’ailleurs preneurs! Depuis 2024, GastroVaud organise, en collaboration avec l’organe de promotion des vins vaudois et la Haute école de Changins, un cours dédié spécifiquement aux acteurs de la restauration. C’est un immense succès, puisque plus de 300 personnes y ont pris part!
Il faut donc créer le réflexe «swiss wine»?
Oui. Quand vous allez au restaurant dans le Bordelais ou en Alsace, vous trouvez difficilement un vin italien ou chilien… Et personne ne s’en plaint! Proposer une majorité de vins suisses doit être une évidence chez nous aussi. Cela demande certes à chaque exploitant de réfléchir intelligemment à son offre et à ses marges. Mais de nombreux exemples démontrent que la formule est gagnante et qu’elle plait à la clientèle. Qualité, proximité, swissness: nous avons tous à y gagner!