«Notre industrie soutient l’hôtellerie-restauration»

Caroline Goldschmid – 23 mars 2026
Alors que le peuple suisse a refusé l’initiative anti-SSR le 8 mars, David Rihs, directeur associé de Point Prod, nous raconte son métier de producteur et le défi que représente la recherche de financements. Coproducteur de la série «Winter Palace», il révèle comment l’industrie soutient l’hôtellerie-restauration.

En quoi consiste votre métier de producteur?
David Rihs: La première phase consiste à partager des idées avec des autrices et auteurs, et des réalisatrices et réalisateurs. Nous développons le projet ensemble et écrivons le scénario, quel que ce soit le type de contenu: fiction, documentaire, streaming, magazine, etc. Intervient ensuite la deuxième phase du projet: trouver son financement. Les trois piliers du financement en Suisse sont la SSR, l’Office fédéral de la culture (OFC) et les fondations régionales, comme Cinéforom, la Fondation romande pour le cinéma. 

Qu’en est-il des revenus générés par le privé?
Ils viennent s’ajouter au financement de base. Ces revenus supplémentaires peuvent provenir de marques, de fondations privées ou encore de diffuseurs internationaux comme c’était le cas avec Netflix pour la série «Winter Palace». Mais sans le socle du financement public, impossible de décrocher des revenus additionnels, pourtant indispensables. 

C’est pour cela que vous vous êtes beaucoup mobilisé avant la votation du 8 mars ...
En effet, la SSR reverse environ 50 millions de francs par année dans les productions indépendantes de toute la Suisse. En comptant l’aide de l’OFC et des fondations régionales, toutes les productions audiovisuelles du pays disposent de 125 millions de francs par année. 

Ce qui semble être une somme conséquente ...
Il s’agit en réalité d’une petite enveloppe pour toute l’activité audiovisuelle de tout le pays. Pour vous donner un ordre d’idée, une seule saison de la série de Netflix «The Crown» coûte 100 millions de francs! En comparaison, une saison de notre série «Quartier des banques» a coûté 5 millions de francs. Nous travaillons avec des budgets extrêmement ­raisonnables.

Qu’en est-il de la série «Winter Palace», que vous avez produite?
La SSR a investi 7 millions de francs pour sa réalisation et, en échange, elle avait le droit de la diffuser en priorité. Mais comme mentionné plus tôt, il a fallu chercher d’autres sources de financement, dont Netflix, pour compléter le budget. 

Une fois les fonds réunis intervient le troisième volet de votre métier, la mise en production. Ce qui impacte directement l’hôtellerie-restauration ...
En effet, une fois que nous sommes parvenus à récolter l’argent nécessaire pour concrétiser un projet de production, nous le réinjectons dans l’économie réelle, notamment dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. Pour la série «Winter Palace», quelque 300 personnes ont travaillé sur le projet durant 18 mois.

Il a fallu nourrir et loger toutes ces personnes durant le tournage ...
Le tournage a duré 16 semaines, avec une moyenne de 80 personnes présentes par jour. Pour le repas de midi, nous avions mandaté un prestataire avec qui nous travaillons souvent, Chez Paulette. Le responsable de ce «bistrot itinérant», Jean Piguet, a l’habitude de monter une cantine de tournage. Il a cuisiné tous les jours un repas différent pour les acteurs et les équipes de tournage. Certains jours, il y avait jusqu’à 150 personnes à nourrir. 

Combien d’argent avez-vous dépensé pour la restauration durant le tournage de «Winter Palace»? 
En dehors de cette cantine sur le tournage même, on peut ajouter tous les autres repas, le soir et les petits-déjeuners soit environ 1 million de francs dans les établissements des régions visitées.  

Vous participez donc très activement à faire vivre l’hôtellerie-restauration!
C’est sûr. Il est vraiment question de réinvestissement direct dans l’économie réelle. Et, dans les montants ci-dessus, les frais d’hôtellerie ne sont pas inclus.

Quelles auraient été les conséquences d’un «oui» à l’initiative «200 francs, ça suffit!»?
Si l’initiative avait été acceptée par le peuple, la SSR aurait été condamnée à ne diffuser quasiment que de l’information et aurait notamment réduit les fictions, ce qui aurait déstabilisé tout le milieu mais aussi, comme on l’a vu précédemment, plusieurs autres corps de métiers dont fait partie la restauration.  

Vous devez être soulagé de l’issue du scrutin ... 
C’est un signal positif pour tout le monde, mais ce résultat n’enlève en rien le fait que nous sommes dans une période d’économies budgétaires. La SSR est déjà en train d’économiser et la redevance baissera de toute façon à 300 francs. Nous, les producteurs, devons rester vigilants pour pouvoir continuer de travailler et à nous réinventer avec des financements publics et privés suffisants. Comme les métiers de bouche, nous subissons l’augmentation des coûts et trouver des fonds constitue le nerf de la guerre.

Dans votre mobilisation, vous souhaitez que des fonds d’incitation soient créés dans les départements d’économie cantonaux ...
Comme l’audiovisuel rejaillit sur le tourisme et l’économie réelle, de nombreuses régions veulent attirer les tournages chez eux. Beaucoup de régions du monde soutiennent cela. En Suisse, en Valais, il existe la Valais Film Commission, et nous en avions bénéficié dans le cadre de «Winter Palace». L’idée est de pérenniser ces fonds d’incitation. Il est capital de cultiver ces leviers afin de permettre à tout l’écosystème – qui inclut la restauration – d’exister et de se développer.

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★ Naissance de l’hôtellerie de luxe


David Rihs est directeur associé du Groupe Point Prod Actua, groupe audiovisuel et digital, depuis 2005. Auparavant, le journaliste a travaillé pour la RTS, où il a notamment présenté le journal télévisé. 
En 1996 a été fondée la société Point Prod qu’il dirige aujourd’hui. Avec ses associés, il fournit des productions audiovisuelles, notamment des séries de fiction, à l’image de «Winter Palace». Tournée en automne 2023 sur les hauts de Montreux et en Valais, elle raconte la naissance des premiers palaces de montagne et elle a permis de mettre en valeur l’hôtellerie suisse dans le monde entier puisqu’elle figure dans le catalogue de Netflix. En ce moment, Point Prod planche notamment sur la saison 3 de «Quartier des Banques» et sur la série documentaire «Cœur de pompiers», à voir en mai prochain sur la RTS.