Les Alpes vaudoises racontées dans un gin

Caroline Goldschmid – 24 septembre 2026
Passionnées de nature et de montagne, Anne Sophie Fioretto et Gretel Ginier sont les cofondatrices d’Ima’Gin, un gin alpin à base d’ingrédients qu’elles cueillent au gré de leurs randonnées dans les Alpes vaudoises. Résumé de cette belle aventure, alors que le tome 2 sortira en octobre.

«Mon fil rouge, c’est la montagne.» Anne Sophie Fioretto (43 ans), géographe de formation et Française d’origine, est établie en Valais depuis vingt ans. Chargée de projet et enseignante à la HES-SO Valais-Wallis, elle s’est spécialisée dans l’impact de l’activité touristique sur les territoires de montagne. C’est dans ce cadre-là qu’elle rencontre, en 2024, celle qui deviendra son associée, Gretel Ginier (57 ans). Syndique de la commune d’Ormont-Dessous durant dix ans (jusqu’en février dernier), Gretel était également présidente de la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises. «Nous avons réalisé une analyse de la gouvernance touristique des Alpes vaudoises et Anne Sophie était l’experte mandatée pour ce projet.» Au fil des quelque 1000 heures d’échanges téléphoniques, une amitié va naître entre les deux femmes. Mais pas que. Outre leur passion commune pour la montagne, le goût pour le gin se révèle un autre point commun. «Après avoir travaillé durant un an sur ce projet de gouvernance, nous avions envie de continuer à raconter l’histoire des Alpes vaudoises, persuadées qu’il y a un énorme potentiel», raconte Gretel. En novembre 2024, elles se rendent au salon Ginsiders, à Lyon. Là, un déclic se produit: «Et si nous faisions rayonner les Alpes vaudoises avec un gin?» Ni une ni deux, elles se lancent le défi de revenir au salon l’année suivante en tant qu’exposantes, avec leur propre gin! 

Un chef alpin et un œnologue


En janvier 2025, Anne Sophie et Gretel se mettent d’accord sur le type de gin qu’elles veulent créer – un gin alpin de dégustation premium – et passent à l’action, en contactant des experts. A commencer par Pierre Crepaud. Ce chef alpin à la tête de la Guérite à Saillon s’est de suite montré emballé par le projet, proposant de produire un gin qui soit aussi bien utilisable dans les préparations culinaires qu’en boisson. «Puis nous avons sollicité Fabrice Haenni, directeur de la distillerie Morand, à Martigny, qui lui nous a mis en contact avec l’œnologue de la distillerie, Arthur Vocat. Je l’appelle l’alchimiste!», s’amuse Anne Sophie. Il leur fera tester plusieurs versions avant que celle du premier tome ne soit validée. Baptisé «La rencontre», le tome 1 d’Ima’Gin affiche les coordonnées GPS de l’Union Cycliste Internationale, à Aigle, lieu de leur première séance dans le cadre du mandat de gouvernance touristique.

 
Gin premium à 99% vaudois


Défi relevé, donc, puisque le gin d’Ima’Gin a pu être présenté au salon de Lyon en automne 2025. C’était moins une: «Trois jours avant, nous étions encore en train d’étiqueter les premières 1008 bouteilles!» En somme, l’aventure s’est déroulée de manière ultrafluide, comme si la bonne étoile accompagnait les deux associées dans la concrétisation de leur projet. «Quand ça veut, ça veut!», sourient-elles. «Gretel et moi avons eu un coup de cœur professionnel et c’est assez rare pour être souligné.»

Quels ingrédients composent l’Ima’Gin? «Il faut 50% de baies de genévrier pour que cela puisse s’appeler gin», précise Gretel. Et ça tombe bien, puisqu’il y en a au sommet du Mont d’Or, entre autres, situé sur la commune d’Ormont-Dessous. «99% des ingrédients d’Ima’Gin proviennent de la région, entre Les Mosses et Les Diablerets et aussi des montagnes Valaisannes.» Outre les baies de genévrier, le gin alpin contient des bourgeons de sapin et de la reine-des-prés. «Comme nous aimons toutes les deux la randonnée en montagne, nous profitons de cueillir des baies et des bourgeons quand nous en trouvons avant de les livrer à Arthur Vocat.» Enfin, un ingrédient spécial vient s’ajouter: du poivre de Sichuan ... cultivé à Chavornay (VD)! «Nous avons eu un coup de cœur pour le travail de Sylvain Känel, un épicurien passionné.»

Une ginothèque en guise d’épilogue?


Le gin d’AnneSo et Gretel est vendu sur le site ima-gin.swiss et dans quelques épiceries, comme celle de Solalex (à Bex, VD) et celle des Fougères, au col des Mosses (VD). A Martigny, le chef du Café de Barry cuisine avec le gin alpin, notamment pour réaliser du tartare de bœuf à déguster sur un os à moelle chaud ... tout un programme! Simon Bely, le chef du Miroir d’Argentine, l’intègre dans une mayonnaise maison. Quant au restaurant Les Touristes, à Martigny, il l’affiche à sa carte des boissons. 

La suite de l’histoire: le tome 2 est déjà en production et il sera présenté au salon Ginsiders en novembre prochain – une tradition désormais pour la petite entreprise. Baptisé «Le vertige», il contiendra non pas 40% de volume d’alcool, mais 47%, et de l’alcool de vin cette fois. Le tome 3, «L’émotion», sortira courant 2027. Si cette activité est un «à côté» pour les deux amies, elles espèrent un jour en vivre et, pourquoi pas, tenir une ginothèque.

GJ39 40 Gastronomie F ImaGIN bouteille copyright Sedrik Nemeth

Le tome 1, «La rencontre», affiche les coordonnées géographiques de l’UCI à Aigle et la carte 
topographique des dix communes des Alpes vaudoises.