Cette semaine, l'Union Grands Crus Bordeaux a organisé à Zurich et à Genève les premières rencontres à l'étranger consacrées au millésime 2023. La tournée se poursuivra ensuite à Londres, Taïwan, Hong Kong et au Japon. Ces destinations très différentes ont un point commun essentiel: elles disposent d'un public amateur de vin et aisé.
Lilian Barton Sartorius, neuvième génération du Château Léoville Barton (Saint-Julien), le confirme lors de l'événement organisé au Dolder Grand, au-dessus de Zurich: «La Suisse est pour nous un marché très important avec une clientèle fidèle au Bordeaux.» Tout en servant le millésime 2023, elle répond aux questions des journalistes. 2023 est un millésime classique, moins exceptionnel que 2022. En revanche, le 2023 peut être bu jeune, tandis que d'autres millésimes peuvent être conservés plus longtemps, et il bénéficie de prix attractifs. Dans le cas du Château Léoville Barton 2023, «attractif» signifie 70 francs pour une production annuelle de 180 000 bouteilles. Parker attribue 94 à 96 points au 2e cru classé composé de 87% de cabernet sauvignon, 10% de merlot et 3% de cabernet franc. C'est un très beau vin élégant avec des notes de fruits noirs et de cerises. «Nous recherchons toujours un bon équilibre entre le fruit et l'alcool et avons déjà commencé les vendanges le 23 septembre 2023 afin d'assurer une acidité suffisante», explique Lilian Barton Sartorius.
«Moins de vin, plus de dépression»
La baisse des prix est liée à la surproduction dans le Bordelais et à la baisse simultanée de la demande ; de moins en moins de personnes dans le monde apprécient le vin. A une question à ce sujet, Lilian Barton Sartorius répond sans hésiter : «Un jour, les consommateurs se rendront compte que le vin est plus sain que les boissons au cola et les cocktails. De plus, les statistiques montrent que les personnes qui boivent moins de vin souffrent davantage de dépression.»
Silvia Zuberbühler, fondatrice de Personal Sommelier GmbH, déclare: «Le millésime 2023 de Bordeaux présente des styles variés, allant de vins un peu moins harmonieux à d'autres très élégants. A Pomerol, le merlot reflète en partie la vague de chaleur qui a sévi à partir de la deuxième quinzaine d'août, tandis que les vins de Pauillac présentent plutôt des styles aux structures classiques.» Comment le secteur de la restauration doit-il réagir au millésime 2023? Silvia Zuberbühler conseille: «J'attendrais avant d'acheter. Il existe actuellement de nombreuses occasions d'acquérir des millésimes de Bordeaux plus anciens, prêts à boire.» Les vins de Pomerol à forte teneur en merlot sont déjà très accessibles; les producteurs de Bordeaux savent que les clients d'aujourd'hui ne veulent plus attendre des décennies avant que le vin n'atteigne son plein potentiel.
Parmi les stars de la dégustation figure le grand classique bordelais Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2023, issu du Pauillac mentionné ci-dessus: 80% de cabernet sauvignon, 17% de merlot et 3% de cabernet franc; bois de cèdre, cassis, tabac et 19 points. Il faut compter ici plus de 150 francs.
Le Château du Tertre 2023, Grand Cru Classé de Margaux, offre une fois de plus un rapport qualité-prix très intéressant: 70% de cabernet sauvignon, 15% de merlot, 11% de cabernet franc et 4% de petit verdot donnent un vin dense et concentré qui séduit par ses notes de baies noires; 17,5 points. De nombreux cavistes n'ont pas encore référencé ce millésime dans leur gamme. Mais il devrait coûter environ 40 francs.
Classique, avec un nez fruité séduisant, le Château Larcis Ducasse 2023 (Saint-Émilion) se compose de 86% de merlot et 14% de cabernet franc. Bien qu'il se présente comme un vin accessible, il ne révélera tout son potentiel que dans huit ans, 18,5 points.