En tant que directeur du groupe Hotels by Fassbind région Genève, quel est ton rôle?
Guillaume Fassbind: Dans l’idéal, tout devrait fonctionner en mon absence. Mais la réalité est autre: c’est une grande maison et, naturellement, il se passe tout le temps quelque chose! Bien sûr, j’essaie d’autonomiser un maximum les collaborateurs, et ils savent qu’ils peuvent me demander de l’aide. Je me vois comme un «problem solver».
Tu ne peux pas seulement jouer les pompiers, tu dois aussi te garder du temps pour la stratégie …
Je participe déjà aux décisions stratégiques puisqu’un jour, c’est moi qui reprendrai la tête du groupe. J’ai cette ambition, car j’adore mon job et j’adore être manager! Je suis tous les jours en contact avec mon père et nous prenons les décisions ensemble. Je suis à Genève pour apprendre. Démarrer le processus de succession afin d’opérer un changement de génération fait partie des objectifs 2026.
Tu dis adorer ton job. Pourquoi as-tu choisi cette voie?
Ce secteur est très enrichissant: on rencontre des gens, on gère des équipes. Il faut dire que j’ai la chance d’avoir baigné dedans depuis mon enfance et cela m’a semblé naturel de travailler dans ce domaine. Mon père ne m’a jamais mis la pression pour que je suive ses traces. Au contraire, il s’est assuré que ce soit mon choix et que l’envie vienne de moi. Un intérêt qui n’a pas encore fait surface chez mon frère, qui a 28 ans, et il ne subit aucune pression de suivre la voie familiale. Mon père veut que nous soyons heureux.
Quand penses-tu devenir le CEO du groupe?
Mon père a toujours dit vouloir prendre sa retraite à 60 ans – qu’il fêtera le 7 avril prochain –, mais il a réalisé que ce n’est pas si facile de lâcher prise après s’être autant investi dans l’entreprise familiale … Moi, je n’ai pas oublié ce qu’il a aussi dit: qu’il arrêterait le jour où nous totaliserons 1000 chambres. Il disait ça pour rigoler, mais ce jour arrivera plus vite que prévu!
Le total de 1000 chambres pourrait être atteint en 2027, une fois l’agrandissement des deux hôtels genevois terminé ...
En effet, nous avons acheté l’immeuble situé juste à côté du Tiffany, en novembre dernier, dans le but d’agrandir l’hôtel. Le gros projet actuel consiste à rénover les deux hôtels de Genève. Le Geneva comptera 120 chambres contre 70 actuellement. Idem pour le Tiffany. Nous avons déjà déposé la demande de mise à l’enquête, et les travaux devraient durer près d’un an, entre 2026 et 2027.
En attendant de devenir CEO, tu apprends le métier aux côtés de ton père …
Oui, j’ai beaucoup de chance. Mon père est mon mentor. Nous avons une très bonne relation, que ce soit entre père et fils ou au travail. Je pense que c’est un soulagement pour lui de savoir que non seulement j’ai pris goût au métier d’hôtelier, mais que j’ai aussi envie de reprendre les rênes.
A la tête de 30 collaborateurs, quel est ton style de management?
Dans le groupe, nous avons une hiérarchie plate: le but est que tous les employés sachent tout faire et se responsabilisent. Le style de management participatif est un excellent moyen de motiver et de fidéliser les collaborateurs.
A quoi ressemble ton quotidien?
Je navigue entre les deux hôtels, le Geneva dans le quartier de la Servette et le Tiffany dans le quartier de Plainpalais. Mon bureau se trouve au Tiffany et, avec mon vélo, je peux être en dix minutes au Geneva. Mes tâches sont très variées: par exemple, nous avons reçu des couvertures l’autre jour et c’est moi qui les ai réceptionnées. Nous employons une personne à la réception et elle ne peut pas quitter son poste, tout comme le personnel du housekeeping. C’est donc moi qui ai déchargé les huit palettes.
Tu n’as pas peur de mettre les mains dans le cambouis?
Pas du tout, et de toute façon, comme le but est de fonctionner avec le moins de personnel possible, cela fait partie du job, et j’aime que mes tâches soient variées. Parfois, je me transforme en plombier et je débouche des lavabos!
Hotels by Fassbind est un groupe familial. La famille fait-elle donc partie de vos valeurs?
Tout à fait. Aujourd’hui, nous sommes trois, car ma mère Pascale, qui est architecte, participe à certains projets de rénovation. Je représente la troisième génération, puisque mes grands-parents paternels ont démarré l’aventure avec l’Alpha Palmier, à Lausanne.
Quelles sont les autres valeurs qui caractérisent le groupe?
L’indépendance, car nous faisons tout nous-mêmes: les services comme le housekeeping ne sont pas sous-traités. L’indépendance financière aussi, puisque nous n’avons pas de dettes, ce qui est rare dans le monde de l’hôtellerie. Je citerais également l’innovation, car nous avons récemment digitalisé nombre de nos services et nous faisons en sorte que nos hôtels soient toujours à la page. Enfin, nous ne nous versons pas de dividendes: tous les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, que ce soit dans les travaux de rénovation ou dans le développement de notre parc immobilier.
Photo: Nicolas Righetti
Hotels by Fassbind
Le groupe By Fassbind est présent à Genève depuis 2024, à Zurich depuis 2011 et à Lausanne depuis 2009. Il possède neuf hôtels, dont quatre à Lausanne (Alpha Palmiers, Agora Swiss Night, Swiss Wine et Swiss Chocolate), trois à Zurich (Züri by Fassbind, Swiss Night et Swiss Chocolate) et deux à Genève (Tiffany et Geneva). Le groupe emploie quelque 150 collaborateurs.
Quelle est votre vision?
Nos hôtels affichent trois ou quatre étoiles, sont situés en centre-ville et comptent au minimum 50 chambres. Les grands chantiers du moment sont l’agrandissement du Tiffany et la rénovation du Geneva. En 2027, nous allons transformer l’ancien cinéma qui se trouve au Swiss Chocolate Hotel de Zurich en y installant des «pods», soit une trentaine de capsules qui comprendront des lits pour deux personnes, réparties sur trois ou quatre étages. La vision à plus long terme consiste à renforcer notre présence dans les grandes villes où nous sommes déjà (Lausanne, Genève et Zurich) et pourquoi pas nous développer à Berne et Bâle, afin d’être présents dans les grandes villes de Suisse situées sur le même axe routier et faciles d’accès en train.
Vous transformez les deux hôtels de Genève et le Swiss Chocolate de Zurich. Qu’en est-il des établissements de Lausanne?
La surélévation de l’Alpha Palmier vient d’être acceptée, ce qui veut dire que deux étages supplémentaires pourront être ajoutés à l’arrière du bâtiment. C’est incroyable!
Quels sont les plus grands défis que rencontre le groupe actuellement?
Recruter du personnel qualifié reste un défi majeur et c’est pourquoi nous misons à fond sur la fidélisation des collaborateurs. D’ailleurs, Ludivine Corminboeuf, notre directrice à Lausanne, a commencé comme employée de housekeeping. Le but est de garder notre personnel durant la fermeture des hôtels Geneva puis Tiffany. Nous nous organiserons donc pour répartir les collaborateurs sur d’autres sites durant les travaux.
Quel est ton bilan personnel, après une année complète en tant que directeur région Genève?
Lorsque nous avons racheté le Tiffany, cela a été un bouleversement, car j’ai dû tout reprendre à la sauce by Fassbind et cela s’est avéré un gros défi. Le restaurant fonctionnait à perte et j’ai malheureusement dû licencier des collaborateurs … En somme, il a fallu tout restructurer. Un an plus tard, je suis content de la situation actuelle et de ce que nous avons accompli, le bilan est donc très positif.
Est-ce que tu voyages pour t’inspirer de l’offre hôtelière dans le monde?
Oui, et j’ai le rêve d’ouvrir des hôtels à l’étranger. Vu que je suis passionné de surf et de kitesurf, j’imagine des hôtels au bord de l’eau, dans un style boutique et orienté lifestyle, avec des activités autour des sports nautiques, du yoga, etc. Pourquoi pas au Portugal.
★ Deux écoles hôtelières, dont Belvoirpark
Lorsque Eric Fassbind a acheté son premier hôtel à Zurich, toute la famille a quitté Lausanne pour la ville traversée par la Limmat, afin que ses deux fils apprennent le suisse-allemand. Au bout d’un an, Guillaume a commencé un apprentissage d’employé de commerce en hôtellerie et comme ça lui a plu, il a décidé de rester à Zurich et d’y terminer son apprentissage. Le déclic a lieu et l’intérêt pour l’hôtellerie est né. Il enchaîne avec des études à l’école hôtelière de Zurich, Belvoirpark, durant deux ans, qu’il dit avoir adorées, avant de s’inscrire à l’Ecole hôtelière de Lausanne.
Il est donc diplômé de Minerva Zürich, de Belvoirpark et de l’EHL. Entre 2019 et 2024, il fonde une boîte d’événementiel, Strange Tree, qui rencontre beaucoup de succès, encore aujourd’hui. «J’en suis très fier! Cela prouve que je suis capable de mener un projet à bien, en partant de rien.»