L’initiative du chaos va se retourner contre nos restaurants et nos cafés
La conseillère nationale Jacqueline de Quattro s'exprime au sujet de la prochaine votation sur l'initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions!» (Initiative pour la durabilité).
Le restaurant du coin comme le café de quartier ont plus que jamais besoin des travailleurs étrangers. Que nous le voulions ou non, ils sont tributaires de l’immigration et le resterons. L’initiative du chaos veut pourtant plafonner la population à 10 millions d’habitants en s’en prenant directement à l’accord sur la libre circulation des personnes. Un projet trop rigide qui ouvre une voie périlleuse qui va se retourner contre nous. Notamment contre le secteur de la restauration.
Nos entreprises éprouvent des difficultés croissantes à recruter de la main-d’œuvre qualifiée. Les restaurants mais aussi les cafés et les bars sont particulièrement touchés par le manque de main-d’œuvre. Deux tiers des établissements de GastroSuisse ont recours aux travailleurs européens, qui peuvent être employés dans notre pays sans obstacles administratifs. Sans la libre circulation des personnes, cette base de recrutement disparaîtrait.
Dire oui à l’initiative, c’est donc ignorer les bouleversements provoqués par le changement démographique. L’arrivée des jeunes ne parviendra pas à compenser les départs à la retraite des travailleurs issus de la génération dite du «baby-boom». Et ce manque de personnel est encore accentuée par un chômage très bas.
Une pénurie supplémentaire conduirait à une réduction de l'offre, à une perte inévitable de qualité, à des fermetures d'entreprises, à une diminution des recettes fiscales. Et à une hausse des coûts qui serait difficile à absorber, car les établissements opèrent déjà avec des marges serrées, fragilisées par la pandémie. Plus de répercussions négatives que d’avantages.
En s’attaquant aux Accords bilatéraux avec l’Union européenne, l’initiative mettrait un terme aux accords de Schengen-Dublin, qui ont fait leurs preuves depuis près de 20 ans. Cette décision porterait un préjudice important au tourisme, car il serait freiné. La Suisse deviendrait alors un îlot à visas. Ce qui nuirait à son attractivité. Les Américains ou les Asiatiques préféreront incontestablement séjourner à Megève plutôt qu’à Verbier.
Le tourisme intérieur serait aussi affecté. Quand l’économie est dans l’incertitude politique et juridique, le pouvoir d’achat de la population baisse. Moins de personnes peuvent s’offrir de vacances et de loisirs. Sans oublier que cette instabilité ralentirait les investissements dans les infrastructures, l’énergie, la durabilité et l’innovation.
Enfin notre sécurité intérieure serait mise en péril. Si les accords de Schengen-Dublin venaient à être résiliés, la police et les services de renseignement seraient sourds et aveugles. Ils seraient privés d’informations essentielles. La Suisse deviendrait une base arrière pour la criminalité organisée et le terrorisme, altérant profondément notre image à l’international.
L’initiative du chaos crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Une mauvaise réponse à un vrai problème. Ce n’est pas en fermant les frontières que nous répondrons aux inquiétudes de la population mais en apportant des mesures concrètes et ciblées aux effets indésirables de l’immigration.
Faisons donc preuve de pragmatisme et ne prenons pas le risque de tendre encore plus les relations avec nos voisins alors que le contexte géopolitique nous incite à serrer les rangs. Rappelons-nous que la prospérité de la Suisse, qui gagne un franc sur trois par ses échanges avec l’UE, dépend en grande partie de la poursuite de la voie bilatérale.
La libre circulation des personnes fait partie de la solution et contribue au succès de nos restaurants et de nos cafés. Nous devons par contre mieux l’adapter aux besoins de notre pays.
Jacqueline de Quattro / Conseillère nationale, PLR / VD