«Il faut faire évoluer les traditions pour leur permettre de perdurer», explique Jonathan Waser, en charge de la communication au sein de la Confrérie de la Saint-Martin. C’est dans cette optique, que l’organisation a fait le choix de bousculer les habitudes et de changer le jour de l’événement – habituellement organisé le mardi. «En célébrant la Saint-Martin le samedi, on permet à tout le monde de profiter de la fête. Cela booste la fréquentation, remplit les commerces et les restaurants et attire plus de stands, de bénévoles ainsi que de participants pour le cortège. Au final, tout le monde est gagnant!» En effet, la fréquentation est passée d’environ 10 000 visiteurs en 2024 à 25 000 en 2025. «Notre objectif est de perdurer et de continuer à célébrer la Saint-Martin pour les 500 prochaines années. C’est pourquoi nous devons également séduire les jeunes générations», poursuit le responsable communication.
La traditionnelle fête de la Saint-Martin qui débute le matin avec le cortège – symbolisant le lien nourricier entre la campagne et la ville avec l’arrivée des éleveurs, des producteurs, du bétail et des traditions campagnardes dans la cité – et se termine avec le départ de cette délégation reste le cœur de la manifestation et a drainé à elle seule quelque 20 000 visiteurs le samedi. Mais pour renouveler l’intérêt de ces traditions auprès de la jeune génération, la confrérie développe plusieurs projets inédits. Ainsi, un cortège aux flambeaux le vendredi soir destiné aux enfants de la ville en est à sa 5e édition et une «after-beef-party» le samedi soir a vu le jour cette année. Cette première soirée festive destinée aux jeunes adultes était accompagnée de l’ouverture des caveaux de la Confrérie de la Saint-Martin et des Cents-Suisses: une ambiance festive qui a fait résonner la musique sous la Grenette et a retenu les visiteurs tard dans la nuit. Finalement, un brunch de la Saint-Martin organisé conjointement avec Vaud Promotion autour des produits du terroir a clôturé ce week-end de fête avec 270 convives.
La gastronomie en profite
«C’était notre plus grosse journée de l’année en termes de chiffre d’affaires», se réjouit Valentine Forster qui gère le Café du Bois d’Amour, un nouvel établissement situé en haut de la place. «On ne s’attendait pas à autant de monde, car il y avait également beaucoup d’offres de restauration dans les stands.» La restauratrice avait prévu un menu spécial Saint-Martin, composé d’une soupe à la courge, de Malakoffs et d’un burger au chou et au porc de chez Ruchet (un boucher spécialisé dans la viande de porc se trouvant à quelques pas de l’établissement). Le menu a remporté un grand succès, mais c’est surtout la vente de café, de boissons chaudes, de vin chaud et de petite restauration qui a explosé. «Nous avons pris énormément de plaisir à travailler pendant cette journée particulièrement intense. Il y avait une très belle ambiance, les gens étaient détendus et souriants. Cette fête a attiré de nouveaux clients, de la ville et des alentours», s’enthousiasme la restauratrice. Du côté de l’Hostellerie de Genève, qui proposait des filets de perche en menu unique ce jour-là, l’expérience est aussi une grande réussite. «Nous étions pleins de 7h du matin à 22h», indique Karan Patel qui a repris l’établissement au printemps. «En règle générale, les événements qui se déroulent sur la place du marché sont très positifs pour nous. Il n’y a que pendant le cirque, que nous peinons à attirer des clients car les camions masquent notre entrée. Cependant, les autres établissements fonctionnent très bien pendant cette période. Les grands événements sont donc importants pour notre branche en général!»
Un peu plus loin de la place du marché, le bilan est parfois plus mitigé. Salvatore Piscopo, le gérant du KymèM Café à la gare de Vevey, du Funiculi Funiculà au départ du funiculaire à Corseaux et du KymèM à Venise qui se trouve sur le quai de la Veveyse, explique que le bilan est différent pour chacun de ses établissements. Alors que le KymèM Café affichait complet durant la journée du samedi, notamment grâce au passage des visiteurs de la foire venus en train, les deux autres établissements ont vécu un week-end plutôt creux. «Cela peut aussi s’expliquer par le fait que le Funiculi Funiculà et le KymèM à Venise sont très récents alors que l’établissement de la gare est déjà bien connu», poursuit Salvatore Piscopo. «Par ailleurs, le choix du samedi est vraiment pertinent, la ville était pleine et tout le monde en a profité! L’un de mes employés tenait un stand de biscuits bretons à la foire, il est ravi de son week-end et de sa participation!»
★ Petite histoire de la foire
Le 13 août de l’année 1470, sur demande insistante des habitants de la ville, le duc de Savoie Amédée IX permit deux foires annuelles dans les murs de la ville de Vevey: l’une d’elle était la foire du 1er novembre – de la Toussaint, qui deviendra plus tard la Foire de la Saint-Martin. La Foire, s’est perpétuée au fil des siècles avec les mêmes privilèges qu’autrefois. Elle permettait la rencontre de la terre et de l’eau, fermiers de montagne, vignerons et pêcheurs du Léman. Aujourd’hui, elle invite les citadins à découvrir la richesse du monde agricole qui les nourrit au quotidien.