«Les vins de Bordeaux n'ont jamais été aussi bons, mais n'ont jamais rencontré autant de difficultés à se vendre»

Caroline Goldschmid – 07 avril 2026
La 11ème édition des Rencontres Jean-Marc Quarin aura lieu les 28 et 29 mai prochains, à Lausanne. Fabrice Léger, qui coorganise l'événement avec le spécialiste des vins de Bordeaux, nous en dit plus sur cette édition qui réserve de belles surprises.

Parlez-nous des temps forts de cette 11ème édition !

Le jeudi 28 mai, un grand dîner gastronomique lancera les festivités à l’École Hôtelière de Lausanne, avec la présence exceptionnelle du Château d’Yquem et du Château Haut-Brion. Le vendredi 29 mai, au Lausanne Palace se déroulera la Grande Dégustation, de 14h30 à 21h. Une occasion unique de déguster les dernières créations (millésimes 2023, 2022 plus un millésime coup de cœur plus âgé) des crus de Bordeaux les plus appliqués du moment. En dépit de la crise actuelle les vins de Bordeaux n’ont jamais été aussi bons. Ne les manquez pas ! Durant la matinée du 29 mai, de 11h à 13h, un autre moment rare, une dégustation verticale consacrée au Château Haut-Brion, Premier Grand Cru Classé en 1855. Un vignoble qui a 500 ans d'histoire. En compagnie de Jean-Philippe Delmas, l’homme qui a vu naître et bu le plus de Haut-Brion au monde (son grand-père puis son père ont dirigé le cru), nous parcourons les 10 derniers millésimes de cette production unique célébrée de par le monde.

Qu'avez-vous prévu pour l'après-midi du 29 mai ?

Comme je vous l’indiquais précédemment, La Grande Dégustation se déroulera dans le salon Richemont du Lausanne Palace de 14h à 21h et permettra aux visiteurs de déguster 30 crus de Bordeaux exceptionnels, tous sélectionnés par Jean-Marc Quarin sur l’unique critère de la qualité de leur goût. 

En parallèle, deux autres ateliers seront proposés au public. Une expérience très innovante : une conversation entre les couleurs du vin et les pierres précieuses.  Jean-Marc Quarin et Marjorie Valloton, gemmologue au Gemmological Institute of America et expert auprès de la maison de vente aux enchères Bernard Piguet à Genève, nous guideront dans un dialogue entre terroirs et origines, couleurs et émotions, langage et perception. 

Puis une dégustation comparative passionnante entre vins de Bordeaux versus vins de Californie. Avec les vins du Château Smith Haut-Lafitte, Cru Classé de Graves à Bordeaux versus ceux de Cathiard Vineyard en Californie Nappa Valley. Nous analyserons comment se comporte le Cabernet Sauvignon, cépage majoritaire dans l’assemblage de ces deux vins, dans deux parties du monde très différente. Le directeur général de ces deux propriétés, Fabien Teitgen, animera cette dégustation.

L'an dernier, le menu du dîner inaugural avait été réalisé par la cheffe Lucrèce Lacchio, qui a depuis quitté l'EHL. Qu'en sera-t-il cette année ?

C’est Christian Segui, Chef exécutif de l'EHL et M.O.F (Meilleur Ouvrier de France) qui élabore le menu du 28 mai prochain en collaboration avec Jean-Marc Quarin.  Ce diner est conçu pour repousser les limites des associations entre la cuisine gastronomique et les vins de Bordeaux, pour le plaisir des participants. Avec Jean-Marc Quarin, nous sommes très attachés à la transmission des savoirs. Et quoi de mieux qu'une école pour transmettre le savoir? Raison pour laquelle nous avons décidé, après le succès de l’an dernier, de faire cette année encore ce beau dîner chez et avec l’Ecole Hôtelière de Lausanne. 

Les étudiants de l'école hôtelière ont assuré le service…

Oui, avec beaucoup d’implication et de sérieux. Aucune fausse note. Le niveau d'excellence de cette école est incroyable. Aucun de nos clients n’a émis le moindre doute quand ils ont appris que le diner se déroulerait à l’EHL.

Quelle est la plus-value du dîner inaugural ?

Le plaisir des accords mets-vins ! L’objectif est de rendre ces accords les plus fondus possibles. A l'apéritif, c'est le Champagne Ployez Jacquemart Blanc de Blanc 2012 qui sera servi, suivi du Château d'Yquem 2015 sur l’amuse-bouche et du Blanc d'Issan troisième Cru classé à Margaux sur l’entrée – une nouveauté puisqu’il s’agit en 2024 du premier millésime de ce cru en blanc. Puis, nous passerons à l’univers des vins rouges avec le Château Quintus, Cru Classé de Saint-Emilion, et le Château Haut-Brion, Premier Cru Classé en 1855 à Pessac-Léognan. Nous terminerons le repas avec la cuvée Liesse d'Harbonville 2005, de la maison de Champagne Ployez-Jacquemart.

Qu'en est-il de la Grande Dégustation ?

Elle sera se déroulera au Lausanne Palace, le vendredi 29 mai, de 14h à 21h, où une trentaine de crus seront proposés à la dégustation dans trois millésimes – majoritairement des vins de Bordeaux, mais également deux crus suisses. Il s'agit du Petit Château à Vully (FR), de la Famille Simonet, un cru très fidèle qui participe à l’événement depuis le début. Et un nouveau venu : le Château de Malessert, à Perroy (VD), sur la Côte. Il est clair qu'en organisant cet événement en Suisse, à Lausanne, il nous paraît important que les vins suisses soient également représentés. Vingt ans d’observations par Jean-Marc Quarin des vins produits sur place confirment que la production suisse des vins rouges élève sa qualité et tend à créer ses propres identités. 

D'année en année, Les Rencontres Jean-Marc Quarin gardent la même ligne…

Nous veillons à ce que la qualité de l’événement reste plébiscitée : qualité du goût des vins ultra sélectionnés, qualité des rencontres et des échanges entre le public et les exposants et qualité de l’organisation. Nous sommes également très attachés à inaugurer chaque édition par un beau dîner. Parce que le vin, c'est la culture du passage à table. C’est important d’insister sur ce point si l’on veut que les gens continuent à boire du vin. Les vins de Bordeaux n'ont jamais été aussi bons, aussi bien faits, mais n'ont jamais rencontré autant de difficulté à se vendre.

Vous entendez par là que la crise du vin que nous connaissons en Suisse touche aussi les vins de Bordeaux ?

Oui, et les raisons sont multiples. Elles ne sont pas uniquement liées à la baisse de consommation chez les jeunes générations. Les vins de Bordeaux souffrent d’un déficit de prescription, chez les professionnels de la restauration et les cavistes. Une relégation qui se mesure par la place qu’ils occupent sur les cartes des restaurants. D’une manière générale l’actualité des vins de Bordeaux reste méconnue.  L'évolution qualitative qui s'est opérée depuis 10 ans dans leur élaboration avec pour principal objectif de rendre les vins moins extraits, moins denses et donc plus accessibles dans leur jeunesse n'est pas connue du grand public. C’est précisément ce que nous portons à la connaissance des visiteurs de nos manifestations en leur permettant d’être en prise directe avec l’actualité des vins de Bordeaux, dégustations à l’appui.

Le lien direct entre le vigneron et le client fait également défaut…

L’organisation de la vente des vins par la place de Bordeaux n’a pas favorisé la mise en relation des propriétés avec le consommateur final. Par conséquent, il est ardu pour un cru de Bordeaux de s’adresser directement aux consommateurs pour mettre en évidence son identité unique, ses caractéristiques distinctives et ce qui distingue ses créations des autres. En créant cet événement en 2016, nous avons précisément voulu créer un cadre qui permette aux vignerons de développer en quoi son cru est novateur dans sa production et pourquoi le goût de tel ou tel millésime s’en trouve grandi. Les visiteurs de la manifestation, amateurs comme professionnels, l’ont parfaitement intégré. 

Enfin, les propriétés ne disposent pas non plus des codes dans l’art de recevoir et de prendre soin des publics. Ce qui constitue une aspiration forte des consommateurs aujourd’hui, qui veulent vivre des expériences vraies et enrichissantes et être pris au sérieux par les marques.